Quelques éléments sur la scénographie des Forains...



La mise en scène d'une pièce est certes conçue dans le but de suggérer, d'émouvoir, d'amener le spectateur à s'interroger en traçant quelques pistes plus ou moins jalonnées, mais sans chercher à le mettre sur des rails, chacun ayant sa subjectivité. On est libre de comprendre ce que l'on veut dans une représentation, de sentir avant de comprendre pour paraphraser Louis Jouvet. La scénographie, le décor, les lumières, les sons et musiques installeront une ambiance particulière. Il me semble essentiel de commencer les répétitions avec la scénographie en place, afin que les comédiens soient déjà dans l'ambiance, qu'ils puissent dire leur texte accompagnés par la bande-son. Sans chercher à vouloir expliquer en détail les raisons des choix de mise en scène, je me bornerai à donner ici quelques informations sur les étapes de la création scenographique.

Le metteur en scène
Philippe Toutain

Les décors


Nous avons des contraintes de réalisation en tant qu'amateurs. Un budget réduit, l'obligation de s'adapter à des scènes de tailles très différentes (du plateau de 16m de large à celui de 6m peu profond), la nécessité de monter et démonter rapidement les décors dans les festivals ou quand on joue un vendredi soir après le travail et enfin le transport des décors et accessoires dans un monospace et non un camion.

Au théâtre nous avons une chance extraordinaire c'est qu'un élément de décor, simplifié, parfois totalement irréaliste mais idéalisé sera perçu par le spectateur comme plus vraisemblable que la vraie réalité. Vouloir reproduire à l'identique le réel, c'est courir le risque d'une réalisation médiocre étant donné nos moyens, qui perturbera la perception du spectateur. Au contraire la simplification ostentatoire, si l'on se borne à l'essentiel, est mieux perçue. La caravane est représentée par un panneau unique, plat et qui s'assume tel quel sans dissimulation. Sans compter que cela nous arrangeait avec les scènes peu profondes !

Les frontières avec le monde des Forains sont visibles, symbolisées. D'où le choix d'isoler la scène de la salle au début par des rideaux colorés, qui seront enlevés par Jackie, tout en ménageant la surprise de l'apparition de la caravane.

Les motifs des draps à fleurs sont choisis pour figurer une gaité factice et triste (celle de Jackie), faits d'un tissu fin, de mauvais nylon pas cher, montrant leur pauvreté.

 

 

Les draps sur le côté sont une tentative dérisoire des Forains pour cacher la décharge. Draps blancs, immaculés, négation et refus de la réalité.

La chienne, Dragonne, se trouve derrière dans le monde obscur, celui de la décharge, qu'Hélène et Olivier ne veulent pas traverser, par peur du noir, par peur de l'animal, mais surtout par hypocrisie, car c'est le lieu qu'ils ont, que nous avons affecté aux Forains.

Les supports des cordes à linge, ce sont des tubes enfichés sur des pneus de voiture ou de scooter, lestés par des pièces mécaniques, qui ne servent plus à rien, ou par un vieux moteur en panne. Le temps s'est arrêté chez les Forains. Ils ne sont même plus à la remorque de notre société, ils sont derrière, abandonnés.

Des spectateurs nous ont demandé pourquoi la caravane était aussi propre. Ils auraient plutôt imaginé une caravane, sale, taggée... Bien au contraire je souhaitais qu'elle soit immaculée; c'est la caravane à Jackie, seule coquetterie qu'on lui accorde, petit îlot paradisiaque, sa fierté.

Les trains, qui symbolisent notre monde moderne, passent dans la salle, devant la scène, permettant ainsi aux Forains d'interpeller les spectateurs, avant de les rejoindre à la fin. Eddie met son plus beau tee-shirt à paillettes, Nono la belle chemise et le pantalon d'Olivier, mais avec leurs bottes pointues et leurs grosses chaussures de sport, ils seront vite montrés du doigt dans notre monde...
A ce propos, j'ai été assez étonné que certaines mises en scène placent le train en arrière scène, contre-sens avec ce que veut dire le texte à mon avis.

La création des décors


Pour préparer la mise en scène des croquis sont réalisés puis des maquettes en carton afin de valider les mouvements.

Premier croquis réalisé de la scène de début. Eddie attend les trains, Jackie lave et prépare le diner.


 

Une idée abandonnée : une caravane en tissu, fixé sur un arceau comme une tente. Une guirlande lumineuse aurait ceint l'ensemble.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans la scène où Olivier et Hélène font semblant de dormir deux lits de camp ou des chaises longues étaient prévus. Je ne voulais pas qu'ils jouent complètement allongés (problème de vision et d'audition des comédiens suivant les salles). Le problème a été résolu autrement en les faisant s'allonger en avant-scène dos droit appuyé à la table.

 

Une autre idée abandonnée : symboliser le camion avec deux pneus, une calandre et des lampes de phares. Le camion aurait été comme un personnage un peu énigmatique, qui allumerait ses phares de temps en temps pour commenter les scènes. Idée un peu gratuite et rajoutée...


Les croquis du camion

 

Premier projet de caravane en volume abandonné car trop réaliste.

 

La construction aurait nécessité une structure complexe et encombrante.

 

Projet retenu : des panneaux en PVC fixés par du velcro sur une structure en barres d'acier léger.

Le tout se range dans une caisse de 2,2m construite à la taille de la voiture de transport.

 

 

Prototype de la caravane

Premier montage en plein air.

Le tabouret pliant a été rapidement remplacé par un fauteuil de camping, plus adéquat pour qu'Eddie aie la bonne position.

La position des éléments est affinée par une représentation en 3D. Le décor est à géométrie variable : les draps sont extensibles à volonté en ajoutant des poteaux. La scène est entièrement occupée qu'elle fasse 6m par 4m ou plus de 15m de large et 8m de profondeur.

En situation...

La bande-son

La musique devait être expressive, un peu datée pour exprimer une certaine nostalgie et nous rappeler la fête foraine. D'où le choix des musiques des Shadows. Jeu de guitare caractéristique, très années 60. La musique qui illustre la rencontre entre Hélène et Eddie a été choisie pour évoquer un slow hypothétique entre eux : «A White Shade of Pale» morceau très connu choisi dans une superbe interprétation des Shadows très éloignée de la version de référence de de Procol Harum. À la fin, quand les comédiens quittent la scène en mimant un train qui s'éloigne la musique rappelle celle qui accompagnait le petit train rébus que l'on pouvait voir à la télévision dans les années 60.

Lorsque les interprétations sont le fait de groupes différents, on a cherché l'unité instrumentale et de jeu : guitare électrique «style Shadows», orgue électronique «style Farfisa», rythmique simple, riff de blues.

Les sons d'illustration, comme les aboiements, grognements du chien, bruits de train, de freinage, de tronçonneuse ont nécessité beaucoup de temps sur ordinateur pour leur donner la bonne durée, la réverbération adaptée, la bonne tonalité, sans oublier la synchronisation avec les lumières du train.

Musiques :

  • Début Sleepwalk par Les Shadows
  • Fond sonore d'orgue avec des aboiements (tirade d'Olivier sur la «Différence» : The Invisible par Electrane
  • Fond sonore sur le duo entre Hélène et Eddie : Whiter Shade Of Pale par Les Shadows
  • Retour de Nono à la recherche d'Hélène : The Beast de Milt Buckner (BO de Mullholland drive)
  • Nono et sa tronçonneuse : Let there be drums - Blues Brothers 2000
  • Musique de fête à Jackie : Perfidia par Les Shadows
  • Échange de vêtements : Green Onions par Milt Buckner
  • Départ des Forains en train : Man Of Mystery par Les Shadows
  • Fin, départ de tous mimant un petit train : Perfidia par Les Shadows
  • Après saluts : Apache par Les Shadows.
 

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